yvesmetz a écrit :...Mains dans les poches et cerveau au diapason j'avance et avance encore ..... qui parait que d'après les chercheurs d'une université des glaciers des basses alpes ça entretiendrait les connexions inter-neuroniques .
La technique fait perdre le côté chevaleresque du voyage aventureux...
Dans mes bras, Yves !
Suis totalement en phase avec toi là-dessus.
Le GPS, c'est comme une loupe qui nous met le nez sur l'écran et on en oublie le paysage. La carte, c'est le contraire : elle donne une vue d'ensemble, comme vue du ciel, comme si j'étais un aigle survolant le paysage. Avec une carte, tu vois loin, tu suis les fleuves et les rivières, tu choisis entre plusieurs routes différentes, autant de chemins de traverses, promesses d'horizons inconnus et de découvertes.
Avec une carte, t'es en symbiose avec le paysage, tu le comprends, des yeux tu suis ses creux et ses proéminences, comme une main qui caresse les courbes, les collines et les buissons du corps de ta bien aimée qui s'endort à tes côtés.
Une carte, tu la plie, tu la déplie, tu la glisse sous le blouson, ça tient chaud dans le matin frais... Et puis c'est beau une carte, y'a de belles couleurs pastels, le vert des forêts, le brun des montagnes, le blanc moucheté des neiges éternelles et celui plus plat des zones désertes, le bleu des lacs et des mers, le jaune pâle des plages...
T'as vu les couleurs d'un écran de GPS ? Beurk, c'est criard, standard, sans nuances, avec cette grosse flèche bête et rouge qui te dit où aller et cette voix à la con au timbre électronique qui te serine,
"à 300 M, tournez à droite"... Et hô, si je veux, d'abord, c'est moi qui décide !
Quand tu t'arrêtes dans un patelin perdu et que tu rentres dans un café, faisant cesser les conversations des indigènes par ta seule présence d'étranger en ces lieux, le seul fait d'ouvrir ta carte en sirotant un kawa au comptoir délie les langues des piliers du comptoir... on te parle, on te propose de te renseigner, on te demande où tu vas et tu dis d'où tu viens et ainsi, l'Humanité reprend le dessus sur la méfiance naturelle des gens d'ici à l'égard des gens d'ailleurs. La carte, c'est un lien.
Des cartes, j'en ai un plein tiroir, des dizaines, de pays, de régions, de départements... j'y écris des coordonnées téléphoniques de copains à voir en chemin, j'entoure au stylo les bleds étapes et ceux à la croisée des chemins, je prépare ma route et ça fait partie des préliminaires agréables du voyage.
Mes cartes sont rafistolées, ravaudées, chiffonnées d'avoir été forcées sous le transparent de la sacoche de réservoir ou tâchées à force d'avoir pris l'eau dans le vide-poche de ma 2CV. J'en ai aussi affichées au mur, avec toutes les routes parcourues surlignées de noir, comme autant de souvenirs d'errances et de paysages qui jalonnent la Liberté.
Une carte, c'est tout un monde à porté de main... une carte, n'importe laquelle, c'est déjà une carte au Trésor comme celle dont nous rêvions enfant, mystérieuse, brulée sur les bords et forcément sortie d'un coffre de pirate, trésor de notre imagination.
Ouais, bon... c'est un point de vue.
Je veux bien comprendre que sur les besoins utilitaires, pour le boulot dans des banlieues improbables où on n'est généralement pas là pour regarder le paysage, le GPS fait gagner du temps... mais c'est ça le problème : "gagner du temps". Pour quoi faire ? Pour mourir plus vite ? Pour augmenter sa productivité au profit du patron ?
Fondamentalement, nous sommes des nomades : notre patrimoine génétique est issu des chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire. Nos ancêtres ont vécu durant des centaines de milliers d'années en scrutant le ciel, les nuages et l'horizon, avec son au-delà chargé de mystères. En promettant de nous mener à l'endroit exact où nous nous rendons (parce que nous y serions impérieusement convoqués, contraints à des horaires, assujettis à un résultat obligatoire ?), le GPS nous fait croire à des certitudes, il gomme le doute dont nait la transcendance, l'imagination, l'adaptation aux circonstances.
Ce n'est pas le GPS en tant que tel que je n'aime pas, c'est ce qu'il implique, c'est d'où il vient (la géolocalisation permanente des individus, cette même surveillance qui permet notre coercition au Pouvoir et à sa police et notre dépendance aux marchands), c'est de quoi il procède (une technicité castratrice), c'est ce à tout ce quoi il nous conduit à renoncer.