Jipounet :
Personnellement, en faisant de la mécanique de voitures, poids lourds et tracteurs, je ne m'étais jamais posé la question, les pignons étaient, bons, usés ou cassés, mais toujours taillés et placés comme il fallait.
En 1982 j'ai dû effectuer le montage de cinq grands réducteurs qui recevaient une puissance de 1 200 ch et réduisaient la vitesse de 220 t/mn à 12 t/mn.
Ces machines étaient tellement grosses qu'elles arrivaient de Belgique en pièces détachées, très bien emballées (heureusement car à cause de troubles dans le pays, le montage avait été retardé de 4 ans).
Chaque réducteur était composé de deux étages de pignons et roues à engrenages à chevrons. Après le montage et avant de refermer le couvercle, il a fallu vérifier la portée des dents en passant du bleu de Prusse sur les dents d'un pignon et voir si la couleur s'imprimait sur l'autre.
Mais là, catastrophe, la portée n'était pas bonne, la surface des dents n'avait pas été rectifiée comme prévu, mais présentait des tas de très petites facettes, visibles à la loupe.
Evidemment il y a eu du grabuge, des chefs d'ateliers sont arrivés de chez le fabriquant, ils ont pris des tas de mesures avec des "pieds de denture" (sorte de pied à coulisse qui mesure simultanément l'ouverture des becs et l'enfoncement de la dent entre les becs), puis un samedi après-midi où ils se croyaient seuls, j'ai vu qu'ils essayaient d'effacer les plus gros défauts en rectifiant les dents au grattoir en Vidia
Comme c'était en Afrique, tout cela a dû trouver une solution négociée avec du "Fluidifiant de relations".
A cette époque j'ai pris un sacré cours de "taillage de dentures" et de tout ce qui pouvait provoquer du bruit dans des engrenages (ils avaient amené avec eux des bouquins qui traitaient le sujet, je me suis régalé).
Paradoxalement, ces réducteurs africains ne faisaient pas de bruit lorsqu'ils étaient en charge puisqu'ils recevaient les 1 200 ch d'une turbine à vapeur, via un premier réducteur (heureusement arrivé tout monté grâce à sa taille bien plus modeste) qui réduisait la vitesse de 6 000 tr/mn à 220 tr/mn.
Le second réducteur était attelé à un moulin cannes à sucre (sorte de laminoir), les dents des pignons étaient continuellement en prise et ne se "baladaient" pas en cliquetant et de plus, le raffut est très fort dans ces usines.
Après quelques semaines de fonctionnement, je suis entré dans les réducteurs pour voir l’évolution des portées, mais il n’y avait pas eu de changement, il y avait assez de points en contact simultanément pour ne pas provoquer le « cisaillement du film d’huile », car là c’est la fin des haricots.
Si la pression est telle que l’huile est chassée et que le contact se fait métal sur métal, il y a des points de fusion qui se produisent et, pour peu que le nombre des dents ne soit pas un multiple d’un pignon à l’autre, toutes les dents y passent.
Sur une Bullet fonte j'ai dû "surfacer" les dents de pignons de distribution, les dents étaient trop épaisses et provoquaient un point dur sur une partie de la rotation de pignons.
Sur les 650cc Ural, j'ai rencontré un montage assez curieux, où la bride de fixation de l'alternateur est excentrée et peut être orientée par des "boutonnières" de façon à faire pénétrer plus ou moins les dents du pignon d'alternateur dans les dents du pignon d'entrainement, ce qui se fait moteur en route afin d'obtenir le plus faible bruit possible. La tante de ma femme était déjà décédée, sinon je lui aurais expliqué pourquoi des bouts du Tupolev 144 "Konkordorski" étaient tombés dans son jardin lors du salon du Bourget de 1973, trente-quatre ans plus tôt.
PS :Non faut pas déconner, le Tupolev devait être mieux fabriqué que les Ural (enfin je crois).
En tout cas les Ural ne se sont pas crashées.