Jano a écrit :...je trouve que la vitesse maxi la plus agréable est 70 km/h.
J'adore rouler à 45/50 en 5eme, le bruit...
Mais j'ai peur de la faire forcer en sous regime.
J'ai fait faire un tour à ma belle fille...
Elle m'a dit qu'elle trouvait davantage de différence entre ma Pegasus et une moto "normale" qu'entre mon scooter et une moto "normale".
...
Salut,
oui, nos monocylindres de faible puissance sont des machines à "sensations"... des sensations simples que l'on retrouve parce que tout nos objets de la vie moderne sont de plus en plus aseptisés tout en étant devenus de plus en plus performants quand cette performance est la plupart du temps inutile.
Il y a encore 25 ans, une moto "à sensations", c'était une moto très puissante, pas très confortable, pas du tout polyvalente, mais quand on tournait la poignée de gaz, les choses s'accéléraient à toute vitesse : la vitesse, bien sûr, mais aussi la sensation d'aller côtoyer des limites, de vivre de façon extrême, même durant quelques instants et ainsi, de recaler ses propres perceptions sur la relativité de l'existence, sans toujours être en mesure de l'analyser raisonnablement. On sentait juste qu'on atteignait des "limites" et ça rendait la vie "normale" plus épicée.
Depuis, sur la route, les normes sociales ont changé : après des années à entendre parler de sécurité routière sur un mode anxiogène et désormais d'entendre parler de protection de l'environnement, de consommation d'énergie et d'avoir vu l'univers du déplacement routier se corseter dans des limitation légales de plus en plus sévères, de plus en plus implacables dans leur contrôle et dans la répression de débordements désormais acquis comme des "excès", la vitesse et les accélérations sur route ouverte ne sont plus de mise.
Quand aux motos, tout en étant toujours plus performantes, elles sont devenues plus "faciles" à conduire, plus confortables, elles ont énormément progressé en tenue de route, en freinage... aux mains d'un pilote en pleine forme, une GT ou un gros trail routier d'aujourd'hui mettrait la misère à n'importe quelle moto de course d'il y a soixante ans, des motos que seuls des pilotes d'exception arrivaient à piloter pour atteindre les premières places d'un podium.
Sur un circuit avec de grandes portions de lignes droites ou de grandes courbes, une BMW R 1250 GS ou une Yamaha 1300 FJR équipée de ses valises ferait la nique à la plupart des motos de GP des années soixante.
Bref, aux vitesses légales d'aujourd'hui, sur la route de "monsieur tout-le-monde", les motos actuelles, de 500 à 2000 cm3 sont devenues aussi chiantes à conduire que les bagnoles : les moteurs hyper équilibrés dynamiquement ne vibrent plus, les commandes restent douces en toutes circonstances et les situations extrêmes sont assistées par l'électronique, au freinage, aux suspensions, à l'accélération, sans parler des systèmes de navigation tellement perfectionnés que même se perdre semble aujourd'hui impossible... et si il reste bien encore quelques motos à sensations extrêmes, plus personne ne songerait à les exploiter ailleurs que sur un circuit de vitesse tellement le risque de perdre des points de permis est grand sur la route normale.
Alors à 80 km/h sur route départementale ou à 130 km/h (au régulateur de vitesse) sur autoroute avec une BMW RT actuelles, on se fait chier grave !
D'où l'engouement croissant pour nos petites brèles qui font "poum-poum" et qui nous font redécouvrir des sensations, en promenade, qu'on aurait trouvé totalement ringardes il y a encore vingt ans, tout ça pour se trainer la teub à 70 km/h.
Et puis elles sont jolies (même en kaki), elles font sonner la petite musique "nostalgie" à tout à chacun, parce que l'humain est ainsi fait que l'évocation d'un passé heureux (et souvent magnifié) renvoie à des sensations agréables... parce que l'avenir est incertain, parce qu'il nous rapproche de notre propre fin, parce que tout semble "sous contrôle" de multiples autorités qu'on s'est peu à peu laisser imposer et auxquelles on a quand même parfois du mal à se soumettre, rien que par la pression sociale et normalisée que cela implique et qui fait qu'on veut toujours se sentir singulier pour tenter d'y échapper.
Mais même nos petites Royal-Enfield de dernière génération commencent à devenir chiantes elles aussi : les nouvelles 350 de la gamme "classic" ou les petits trails de 400 cm3 ne vibrent plus, les derniers moteurs intégrant désormais des arbres d'équilibrage, des capteurs de ceci-cela, un freinage "sécurisé" par l'ABS... rattrapées par le modernisme, elles tendent à gommer les difficultés que représentait la conduite d'une moto autrefois et leurs inconvénients actuels se traduisent désormais par des pannes électroniques, des voyants qui ne s'allument plus ou qui s'allument trop, des niveaux d'huile difficiles à jauger dans leurs hublots pour les nouveaux motards qui n'ont pas connus la bonne vieille jauge qui nous laissait des odeurs d'huile sur les doigts, au point que même les Bullet "EFI" semblent aujourd'hui être des vieilles motos d'antan pour ceux qui descendent d'une moto moderne qui ne se distingue presque plus d'un banal scooter automatique...
Ainsi va la vie...
