Salut Yannick
Jackymoto, Fab-le-moutard et JBT ont raison : un vieux flat-twin russe est un vrai nid à emmerdes. Je connais assez bien ces engins, aussi puis-je me permettre de donner mon avis qui confirme celui des copains.
J'en ai essayé plusieurs, j'en ai eu un en Sibérie (un Oural attelé 650 type 8.103-10) et j'en ai eu un quelques mois en France, encore un 650 en solo.






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Les attelages importés à l'arrache sont des pièges : tout est pourri, tout est à reprendre, à démonter entièrement, à refaire à neuf... roulements, alignements, usinages. Dans les avaries généralement subies avec ces trognons, on a les pistons qui serrent ou qui cassent, les axes de piston en tôle roulée (si, si !), les vilebrequins qui cassent net (c'était notamment arrivé à notre ami Vitessecool qui pensait pourtant avoir acheté un modèle "fiabilisé"), les dents du pont qui s'arrachent, les alternateurs qui ne chargent pas, les robinets d'essence et les carbus qui fuient (c'était le cas sur mon Oural 650 solo, pièces pourtant changées par des neuves qu'il m'a fallu finir d'ébavurer à la lime douce feuille-de-sauge et ça fuyait encore au point que j'ai fini par monter des robinets de tondeuses à gazon directement sur la durite)... Y'a aussi les rayons qui pètent, les jantes qui se fendent entre les trous de rayons, les freins qui ne freinent pas (évidemment, quand l'axe de roue n'est pas concentrique au moyeu, y'a rien à espérer...), les réservoirs qui se fendent au niveau des fixations... ne parlons même pas des culbus qui attaquent de traviole sur les coupelles de queue de soupapes, les guides qui se désemmanchent, les sièges de soupape qui se décrochent, les rapports de boîtes qui sautent (de préférence en descente, quand t'essaye de freiner sans succès ou bien quand un clebs te courre après pour te gnaker les guibolles)... j'en oublie ? Ah oui, les pignons de pompe à huile qui se désagrègent ou bien l’arbre de pompe qui reprend sa liberté parce que le filetage de son écrou-bouchon supérieur à lâché...
Quand tout fonctionne à peu près, tu peux rouler à 80 km/h en consommant 10 l/100 km et mieux vaut être sur des routes sans trop trafic (les freins !) et où il est possible de se jeter dans la bas côté au moindre bruit bizarre ou de mise en grève du moteur sans préavis.
Faut savoir qu'au temps de l'URSS, la fabrication intensive de ces engins n'était soumise à quasiment aucun contrôle qualité : les attelages étaient produits selon des quotas à atteindre (le plan !) et attribués selon des quotas de régions à fournir. La clientèle ne comptait pas, la pénurie de véhicules individuels faisant que tout trouvait preneur, content ou pas. Les gens s'en servait dans les campagnes, rarement à plus de 40 km/h (mais sur les pistes pourraves de Sibérie, la vitesse, hein...). Les side-car étaient sans cesse rafistolés avec les moyens du bord, faute de mieux.
Quant à l'usine, comme dans la plupart des sites de production soviétique, ça se passait en gros de la façon suivante : le lundi, le travailleur soviétique se remettait de sa beuverie du dimanche... de toute façon, les pièces attendues n'étaient pas livrées. Le mardi, le travailleur était sobre, mais les pièces arrivées n'étaient pas les bonnes. Le mercredi, ça commençait à gazer normal... le jeudi, le commissaire au plan s'apercevait que le programme hebdomadaire allait être dur à tenir alors il faisait accélérer les cadences et les ouvriers bâclaient le travail, le respect du plan d'abord. Le vendredi, c'était complétement le bordel et les machines trop sollicitées tombaient en panne. le samedi, fallait préparer la semaine suivante et le dimanche, vodka pour oublier tout ça.
A la fin de l'URSS en 1991, tout s'est effondré comme un château de cartes déjà bien branlant depuis un bout de temps.
L'usine KMZ des Dniepr (à Kiev, en Ukraine) a fermé ses portes au début des années 2000 et les amerloques ont racheté l'usine IMZ des Oural en Sibérie (à Irbit, près de Iékatérinbourg). Ils ont viré la moitié des ouvriers, rationalisé la production et modernisé le modèle avec un nouveau moteur 750 cm3 à cylindres alu, démarreur électrique, carbus japonais, en repartant de la base de l'ancien moteur. Les Oural (désormais Ural 750) sont enfin devenus fiables... enfin, disons d'une fiabilité acceptable, comparable à nos Bullet.
Voici deux Ural 750 avec lesquelles j'ai roulé, c'est pas mal, malgré quelques caprices éventuels.


Mais ça n'a plus rien à voir avec les vieilles Oural ou Dnper... tu dis que celle qui tu as trouvé serait de 1968 . Il s'agirait alors d'une M-63 comme celle-ci :

Mais y'en a pas eu d'importées en France, il me semble. La M-63 est reconnaissable à sa partie AR du cadre surbaissée. Peut-être que ton vendeur n'a que des papiers prétendument de 1968 et que la moto serait une Oural M-67, ou une 8.103-10 ? Ou une Dnper MT-11 ou MT-12... ou encore M-72 ?
Mettons que les papiers soient les bons et que la moto soit authentique (admettons, hein ?)... faudrait de toute façon tout démonter et tout reprendre. Ici, y'a que des gars comme Jackymoto, Jacques ou Yvemetz pour s'y mettre, eux qui auraient déjà remis en route en deux coups les gros une EFI comme la tienne après la casse que tu as subi.
Les mecs qui roulent avec des trucs comme ça ont tout refait eux-mêmes... et même ainsi, ils tombent encore en carafe en rejoignant leurs congénères dans des ambiances hivernales des plus roots (genre Jacqouille la fripouille et dame Ginette) qui te plairaient sûrement (gadoue, ongle noirs, bière et sauciflard... en général, ce sont tous de vieux célibataires !

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Tu sais, une vieille moto soviétique, c'est un peu comme un cheval ou un bateau à voile : faut s'en occuper tout le temps, avant, pendant et après... et quand on en voit un, on a envie de monter dessus et quand on est dessus, on a envie d'en descendre.

Alors, rêve ou cauchemar ? Le rêve, c'est ce qu'on voudrait avoir et le cauchemar, c'est ce qui reste du rêve quand on l'a eu.
T'as des photos du cauchemar ?
Davaï, paka tovaritch ! (allez, salut camarade)