C'est pas la première fois que j'entend ce genre de récit sur de la mécanique de brousse.
....PISTONS EN BOIS. Arrivés à Dakar, nous fûmes fêtés par le Moto-club local; mais le moteur de Ciret était "bouffé" par le sable tant nous avions traîné sur les sables blancs de la basse Mauritanie! Il était prudent de le refaire alors que nous étions hébergés chez un ami, Carlos, un fin mécanicien spécialisé dans la moto et la voiture de sport. Il avait mis son atelier, Dakar-Motos, à notre disposition. Nous utilisâmes ainsi les deux pistons de rechange que nous avions emportés.
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Plus tard, quand, traversant la Guinée, nous atteignîmes une belle forêt dont certaines parties étaient encore absolument intactes, nos machines qui avaient chauffé outrageusement tombèrent en panne. C'était grave. Le démontage du moteur s'imposait.... pour découvrir enfin qu'un piston était fendu, en haut, sur la surface où se produit l'explosion. Il n'y avait plus de compression de ce côté. Quelques kilomètres de plus et le piston aurait pu exploser!
Que faire? Nous n'avions plus de piston d'origine. Mon camarade Ciret, toujours astucieux, me dit qu'il avait connu quelqu'un en France qui avait mis un cylindre tourné dans du bois de buis sur une voiture!
Il choisit un morceau de bois d'azobé, un bois rouge parmi les plus durs d'Afrique, à très forte densité. A la scie d'abord, à la râpe, puis à la lime, au papier de verre et à la toile fine d'émeri, il tailla... un piston aux normes exactes du nôtre!
Mais au moment de poser ce piston sur la bielle, il pensa que le moteur risquait fort d'être déséquilibré par l'utilisation de deux pistons aussi différents. Qu'à cela ne tienne! Grâce à une journée de plus de travail en pleine forêt, chaude, humide et obscure comme sait l'être la vraie forêt tropicale, et à un étau monté sur le porte-bagages, éclairé à la batterie, il fabriqua un second piston!
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Nous finîmes dans la nuit, entourés de cris et grognements divers: à cette époque, la Guinée était encore riche de fauves, mais les animaux les plus dangereux étaient les serpents et, surtout, les moustiques ...
Les gorges des segments furent creusées à la gouge et les segments, récupérés sur le défunt piston, furent introduits dans ce piston en bois.
Le tout fut chauffé, brûlé, culotté au lance-flammes pour que le bois devienne très dur. Avant de remonter définitivement le moteur, nous avions fait tremper les, deux pistons en bois dans une boite pleine d'essence pendant une heure environ et monté des bougies neuves.
Qu'allait-il se produire? Au troisième ou quatrième coup de kick, le moteur toussa, l'allumage se produisait normalement, il eut deux ou trois spasmes et démarra! Nous l'arrêtâmes pour laisser les nouvelles pièces prendre place et les jeux s'amplifier.
Nous avions seize kilomètres à faire pour parvenir à Nzerékoré, sorte de "capitale" de la forêt sud-guinéenne où nous attendait impatiemment le consul du Liberia, prévenu depuis Paris de notre passage (il avait huit enfants, plusièurs épouses et... une énorme voiture américaine qui trônait, majestueuse et bien astiquée, devant son bungalow ... il n'y avait plus de moteur sous le capot.
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Nos pistons en bois firent allègrement les seize kilomètres, à 40 ou 50 kmh, en quatrième. Aussitôt dans la ville, nous commandâmes à Paris, par les moyens les plus rapides, un stock de pistons. Ils nous parvinrent dix-sept jours plus tard.
Heureusement que nous n'avions pas attendu! Pour voir, nous démontâmes notre moteur, impatients de connaitre l'état des fameux pistons en azobé. Ils n'avaient souffert que modérément.
Quelque peu calcinée, une croûte s'était formée sur le dessus, plus ou moins pétrifiée, stabilisée; quant aux logements de l'axe du piston, ils avaient pris un jeu un peu trop important. Si nous avions dû continuer l'expérience, c'est de ce côté que serait venue l'agonie de chaque piston; et non de la calcination des surfaces. Les segments, eux, jouaient normalement dans leurs gorges avec, peut-être, un peu plus de jeu qu'il n'en fallait.
Si nous y avions été obligés, nous aurions encore pu faire dix ou quinze kilomètres. Et, pourquoi pas, peut-être une centaine?.....