Marco a écrit :JacquesD a écrit :Dis donc Marco,
Ton pote paysagiste qui t'a dit : "Tu vas voir, c'est un érable de jardin, ça ne prend pas trop de place et c'est très joli à l'automne."
Il t'a fait une sale blague, du genre de celle qui consiste à offrir pour son Noël une trompette ou un tambour au môme du voisin.
Tu ne lui aurais pas vendu une pétoire ou une deuch pourries ? ...
Même pas ! C'est juste un bon copain, on était dans le même club de de Deudeuches. Je cherchais une solution pour enlever le poirier et comme il bossait comme jardinier dans une municipalité, je lui ai demandé son avis. Et il venu avec sa tronçonneuse et on a abattu le poirier. Quinze jours après, il était de retour avec le liquidambar et on l'a planté, ma gamine avait juste un an et le liquidambar aussi.
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Quinze ans plus tard, l'arbre et la gamine ont bien grandi !
Le quartier où j'habite était autrefois une friche maraîchère, régulièrement inondée lors des grandes crues. Des petites rivières y coulaient, en direction de la Seine, 4 km plus à l'ouest, jusque dans les années 50, avant d'être busées et raccordées au réseau pluvial où d'assainissement.
Après la guerre de 14-18, les industries de la Plaine Saint-Denis avaient besoin de main d’œuvre et les premiers "immigrés" étaient principalement des bretons, mais aussi des picards, des nordistes ou des polonais, chassés par la misère et l'exode rural. Ils se sont installés en périphérie nord de Saint-Denis, dans des bidonvilles, des baraques de jardin. Après eux, toujours avant guerre, sont venus les Italiens, les Espagnols...
Petit à petit, sur ces terrains limoneux, ils se sont construits leur bicoques de bric et de broc, avec des parpaings de mâchefer récupérés dans les usines de charbon de la Plaine Saint-Denis, grignotant les terres maraîchères dispersées en parcelles minuscules.
Les terrains étaient en creux, les voies de passage étaient surélevées. Elles sont devenues des rues et les cabanes de jardin sont devenues des maisonnettes que les familles se repassaient de génération en génération, parfois en rajoutant un étage ou en raboutant deux parcelles et deux cabanons.
Après la deuxième guerre mondiale, les municipalités communistes de "la ceinture rouge" ont lancé des programmes HLM et les ouvriers ont pu accéder à des logements décents, bien équipés. Les quartiers comme le mien (il y en avait tout autour de Paris) se sont retrouvés cernés par les grands ensembles et les petits rus qui débordaient souvent lors des périodes de crues majeures de la Seine ont disparus, submergés par l'asphalte et le béton. En amont, ces rivières alimentent encore les plans d'eau du Parc paysager de la Courneuve, distant d'à peine 2 km.
Tout ça pour dire que dans nos jardinets, la terre est bonne : n'importe quelle graine se met à pousser de façon miraculeuse. Ainsi, un petit arbre planté au milieu du jardin devient envahissant en moins de deux décennies.
Sur la photo ci-dessus, on peut voir les restes du tronc du poirier que j'avais coupé avant de le remplacer par le liquidambar qui a pris sa place, à quelques centimètres de la souche du poirier qu'on a laissé enterrée.