QuentinRE33 a écrit :...Comment peut-on savoir si elle est à joints toriques?...
Salut Quentin,
pour savoir si une chaîne est à "joints toriques", faut se baisser et bien regarder ou en avoir eu une en main... et on le sait plus facilement quand on sait comment est fait une chaine de transmission (vélo ou moto, c'est pareil).
Une chaine, ce sont des petits "axes" en acier dur autour desquels tourillonnent des "rouleaux" flottants et les deux extrémités de l'axe sont serties entre deux platines, terminés par une forme de boule en dépassant légèrement des "platines", les platines étant les petites plaques en forme de haricot en acier plat.
Le tout forme un "maillon" (deux axes dans deux rouleaux parallèles entre-eux et insérés perpendiculairement dans une paire de platines opposées, chaque plaque étant jumelée à la précédente et à la suivante, ce qui forme la chaîne.
Tout est libre, tout a du jeu (un jeu calibré à la fabrication), pour ne pas bloquer ou gripper.
En fonctionnement, les platines se tirent entre-elles les unes aux autres (une chaîne transmet son mouvement en "traction") et leurs axes perpendiculaires (axe et rouleau) tirés par le pignon
menant en rotation (le pignon de sortie de boîte -PSB) transmettant son mouvement de traction rotatif se retrouvant à tirer les dents de la couronne (pignon
mené)... la coupe ronde des dents des pignons a une cote adaptée au diamètre des rouleaux flottants (c'est important pour la suite).
Mécaniquement, les efforts (donc l'usure) s'exercent à la fois sur les platines, latéralement, au niveau des bouts des axes et sur les rouleaux qui viennent reposer dans les dents des pignons. Quand tout prend du jeu avec l'usure, la chaîne s'allongent et il faut la retendre. Multiplie des centièmes de jeu à chaque axe et platines, donc aux maillons, et au final, la chaîne s'allonge de plusieurs millimètres. Plus il a de jeu, plus ça claque et ça trinquaille, plus il y a de chocs entre les pièces et plus ça s'use de plus en plus vite et le métal fatigue.
L'usure fait que les dents des pignons s'ovalisent, que les platines s'allongent, que les têtes d'axes sont soumises à des efforts latéraux et que les rouleaux s'usinent peu à peu sur les dents des pignons sur lesquels ils tirent. L'accumulation de poussières abrasives et la corrosion accentuent cette usure générale. Comme la chaîne travaille à l'air libre (à sec), elle est très exposée et mieux vaut la graisser pour éviter la corrosion et retarder l'usure des éléments entre-eux. Mais la graisse amalgame aussi toutes les poussières extérieures, ce qui finit par former une pâte abrasive qui accentue l'usure au final.
Et les joints toriques, dans tout ça ? Pour retarder l'usure, les fabricants ont eu l'idée, à la fabrication, d'insérer de la graisse dans les rouleaux (tubes) qui tourillonnent sur leurs axes et
pour retenir cette graisse (qu'elle ne soit pas éjectée avec la rotation de l'ensemble), de monter des joints toriques en forme d'étoile à l'extrémité des rouleaux, au point de contact avec les platines.
Au début, l"usure est amoindrie, la graisse insérée dans les rouleaux faisant son office... mais à la longue, les joints toriques en élastomère se déforment, sèchent, se craquelle et la graisse finit pas se barrer... et l'eau arrive à rentrer, sans s'échapper facilement à cause, justement, des joints toriques.
Bref, des points durs apparaissent... les point durs, c'est quand les rouleaux commencent à gripper sur leurs axes, d'autant plus quand la corrosion s'installe DANS les rouleaux et sur leurs axes.
Que faire ? Avec une chaîne à joint toriques, faut éviter absolument les nettoyages au solvant qui détruisent les joints et les lavages à l'eau pressurisée (type Kärcher) qui font entrer de l'eau dans les rouleaux, eau qui aura du mal à ressortir à cause des joints toriques.
Avec une chaîne sans joints toriques, faut nettoyer plus souvent au solvant pour détruire la vieille graisse pleine de poussière abrasive et re-huiler abondamment à chaud pour bien lubrifier les maillons et leurs axes-rouleaux.
Une chaîne trop tendue use les dents, les rouleaux et les axes des maillons et usent aussi, en latéral, les roulements du PSB et de la roue AR.
Une chaîne trop détendue claque et génère des chocs qui fragilisent l'ensemble des éléments constitutifs de la chaîne.
Faire sa "tension de chaîne", ce n'est pas tendre la chaîne (il faut qu'elle reste "libre", vive la Liberté, camarades !), mais régler le "bon mou" de la chaîne.
Sur nos Bullet (je parle des 500), la chaîne souffre des à-coups du monocylindre (tractions, chocs), mais la faible puissance du moteur et les vitesses peu élevées en usage préservent un peu les dents des pignons. Et comme certains modèles sont livrés d'origine avec une chaîne sans joints toriques, celle-ci s'usera plus vite que le PSB et la couronne et on peut la remplacer une à deux fois avant de changer les pignons, si ceux-là ne présentent pas trop d'usure alors que la chaîne est déjà HS.
Si la chaîne d'origine présente des points durs après des kilomètres d'utilisation, c'est que ses joints sont nazes et on ne la sauvera pas, c'est trop tard, alors qu'une chaîne sans joints toriques bien dégraissée, bien relubrifée et bien re-réglée fera encore de l'usage, d'autant que son usure est homogène avec celle des dents des pignons.
Enfin, comment les entretenir ? Une chaîne à joint toriques se nettoie peu, en tout cas jamais au Kärcher et jamais avec du solvant (le pétrole lampant ou le white-spirit, c'est moins pire) et elle se graisse, dans les maillons (intérieur des platines) avec une graisse en bombe ou en tube appliquée au pinceau.
Une chaîne sans joints toriques se nettoie en profondeur avec du pétrole, de l'essence ou un solvant et surtout, doit être regraissée intégralement à chaud, après dépose, idéalement plongée dans du suif chauffé liquide ou de l'huile chaude... sans la déposer, on peu aussi la re-huiler soigneusement au pinceau avec de l'huile de chaîne de tronçonneuse (huile filante qui coule peu).
Dans les deux types de chaîne (avec ou sans joints), l'idéal et le plus important, c'est qu'il y ait du gras (lubrifiant) DANS et SUR les rouleaux, mais surtout dedans, ce qui ne se voit pas et est difficile à faire quand la graisse s'est barrée.
Donc, si ta chaîne d'origine était sans joints toriques et qu'elle s'est usée plus vite qu'une chaîne à joints toriques, si les dents des pignons ne sont pas trop usées, tu peux remonter une chaîne neuve sans joints toriques qui tiendra jusqu'au prochain remplacement, cette fois complet de l'ensemble.
Le tout est que la chaîne soit tout le temps huileuse, grasse et bien réglée (mou bien ajusté).
Tu as compris ?